Gift + – Tome 01

Tamaki Suzuhara est une lycéenne comme les autres. Elle étudie sérieusement, a du mal à se faire des amis et tue des gens pour revendre leur organes au marché noir, le quotidien de la plupart des lycéens. Mais avec son associé Takashi ils ne tuent pas n’importe qui, ils sélectionnent soigneusement leurs cibles. Les pires criminels de la société : violeurs, serials killers, mères infanticides, bref tous ceux qui, selon leurs critères, méritent de mourir mais échappent au système judiciaire.

Et avec eux rien n’est gâché que ce soit le coeur, les poumons, les reins, le foie, le pancréas, la rate, les intestins, l’estomac, les globes oculaires, les ligaments ou la peau. Tout ce qui peut être transplanté est récupéré. Même le squelette et les cheveux, l’un peut être utilisé comme modèle anatomique, l’autre pour faire des perruques ou être dissout pour faire des acides aminés qui serviront de condiments.

Leur petit traffic semble cependant mis à mal lorsqu’un concurrent qui n’a pas leurs scrupules quant au choix des victimes arrive en ville.

Le mal c’est bien

Beaucoup de questions vont vous traverser la tête au fil de votre lecture de  Gift + –. La première sera évidemment de savoir si le + – dans le titre du manga se prononcent ou s’ils sont juste décoratifs. Pour ma part et pour une question de simplicité je me contenterai de Gift. Les autres questions concerneront votre propre morale. À la manière dont on se demande si ce que fait Dexter dans la série éponyme ou Light dans Death Note est juste ou non, dans Gift vous vous surprendrez à penser parfois que ceux que Tamaki tuent sont plus utiles à la société en pièces détachées.
Pourtant la rédemption existe pour les criminels et la justice elle-même doit parfois trancher des situations très floues, c’est ce que comprendra Tamaki au cours de ce premier tome en épargnant finalement une des victimes de sa liste.

Qu’est il arrivé à Tamaki ?

La logique de Tamaki est imparable. Les gens qu’elle tue sont des nuisances pour la société, ils détruisent des vies. Mais elle ne fait pas que les supprimer en utilisant leurs organes pour les transplanter à des patients, elle sauve des vies. Il ne s’agit pas comme dans Dexter de simplement supprimer une nuisance, il s’agit de la réutiliser pour sauver plusieurs autres vies. Il y a une forme d’équilibre dans sa quête. D’un point de vue logique donc, ça se tient.

Mais qu’en est-il de la morale personnelle et du passage à l’acte ? Car si on peut tous se projeter de manière hypothétique en se posant la question :

« Vaut-il mieux tuer un criminel qui a échappé à la justice pour sauver une dizaine de vies ou vaut-il mieux le laisser faire et condamner ces personnes »

au moment de passer à l’acte nous serions tous – je l’espère – incapable de le faire. Prendre la vie d’un autre être humain n’est pas un acte anodin, on peut donc légitimement se demander ce qui, dans le passé de Tamaki, l’a conduite à faire ce qu’elle fait aujourd’hui.

Son background n’est pas grandement explicité dans ce tome d’exposition, on sait simplement qu’elle a subi une greffe de coeur qui lui a sauvé la vie. Ce n’est toutefois pas une explication suffisante pour justifier ce qu’elle fait aujourd’hui. Il faudra attendre les prochains tomes pour y voir un peu plus clair mais c’est sans contexte l’un des enjeux de la série pour le moment.

L’épineuse question des relations

Si les séries sur les tueurs en série nous ont appris quelque chose c’est que le meilleur moyen de mettre en danger un système qui fonctionne c’est d’introduire des relations ou des sentiment dans l’équation. Les tueurs méthodiques qui nous sont présentés dans ce genre de séries obéissent toujours à une logique froide aussi ils ne font pas d’erreur par eux-mêmes, il faut soit qu’ils soient sous l’emprise de sentiments (colère, égocentrisme, jalousie) soit qu’un tiers les mette en danger. Cela peut être une amitié ou une relation amoureuse.

On voit dans le manga que Tamaki souffre un peu de la solitude, même si elle analyse toujours les choses de manière froide. Elle accepte sans se poser de questions l’amitié de la première personne qui le lui propose. À voir comment les choses se dérouleront dans les prochains opus mais je suis prêt à parier que les problèmes viendront par là.

Gift + – c’est beau

Le scénario de Gift et les personnages sont bien construits et nous permettent de nous immerger facilement dans l’univers du manga. À noter que le style graphique y est au moins pour autant. Les planches mêlant les scènes d’horreur aux scènes de sexe sont superbes et vous prendront aux tripes pendant que les méchants seront vidés des leurs. On saluera au passage la couverture en forme de colonne vertébrale avec un vernis sélectif du plus bel effet.

Si Komikku n’est pas un poids lourd sur le marché français du manga en terme de volume de vente et de titres parus, elle prouve néanmoins sa capacité à proposer des titres de grande qualité qui, espérons le, trouveront le public qu’ils méritent.


Gift +- – tome 1
Scénario & Dessin: Yuka Nagate
Editeur : Komikku
Date de publication : 26 janvier 2017
Pagination : 208 pages Noir & Blanc
Prix : 8,50 €



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