Pact tome 01 de Shinnosuke Kuji chez Pika Éditions

Pact tome 01

New York, un jour comme un autre pour les habitants de la grosse pomme mais dans les profondeurs de la mer un démineur tétanisé tente de désamorcer une bombe. Il échoue. New York, Washington, la Californie, la Floride, le Massachusetts tous sont rayés de la carte, emportés par le gigantesque tsunami qui a résulté de l’explosion d’une bombe à azote. L’intégralité ou presque du territoire américain est maintenant sous les eaux.

Peu de temps après, au japon, l’état major des opérations de désamorçage des bombes à azote se réunit. Si la panique n’a pas encore gagné le pays c’est parce qu’un contrôle drastique des informations a été mis en place. Pour l’incident des États-Unis la version officielle est qu’une erreur de manipulation a conduit à l’explosion d’une bombe atomique. Certaines rumeurs sur internet évoquent la chute d’une météorite ou un tremblement de terre. Mais les gens réunis ce jour là savent l’inquiétante vérité.

Un groupuscule terroriste qui se fait appeler la nation du pôle sud a placé partout dans le monde des bombes à azote sur des failles géologiques et envoyé un compte à rebours aux gouvernements avant leur explosion. Au japon il y en a trois et c’est une jeune fille, Machiko Machida, prodige de l’informatique et du déminage, qui est chargée de sauver le monde.


Dans les profondeurs, un autre monde.

La vraie originalité de Pact est d’avoir choisi comme lieu pour le déroulement de l’action les profondeurs sous-marines. Peut-être avez-vous déjà entendu la phrase « On connait mieux la surface de la lune que le fond de nos océans », elle est parfaite pour illustrer le concept du manga : un monde que l’on connait mal, un territoire presque inexploré et très dangereux.
De plus, placer les combats dans l’océan a quelque chose d’oppressant. Les mouvements sont limités et ralentis, toute personne qui a déjà essayé de courir dans l’eau voit ce dont je parle. Du coup, placer des fusillades et des explosions dans ce milieu offre une perspective tout à fait nouvelle. On ressent bien au fil des pages le contraste saisissant entre le calme des profondeurs maritimes et les explosions et autres coups de feu que l’on imagine assourdis.
L’affiche du film Alien de Tony Scott disait « Dans l’espace, personne ne vous entend crier », dans la mer on vous entend à peine.

L’ennemi est-il celui que l’on croit ?

Dès le début du manga l’ennemi est clairement identifié, il s’agit de la nation du pôle sud, un groupe étrange portant des masques de crâne de lapin. Pourtant d’un point de vue narratif dans la liste des antagonistes – c’est-à-dire ceux qui posent des problèmes au personnage principal dans l’accomplissement de sa quête – il y a les membres de L’E.O.D (Équipe Opérationnelle de Déminage)  eux-mêmes. Les dissensions au sein de ceux qui sont censés lutter contre les terroristes sont une menace dans l’accomplissement de leur mission. La suite de Pact me donnera tort ou raison mais les frictions entre les différents groupes de l’E.O.D sont susceptibles de mettre à mal les missions délicates qui sont confiées aux démineurs. Ce qui nous amène à la raison principale de ces tensions.

Le Geek versus le fonctionnaire

Le récit met en scène des personnages qui sont issus de la culture geek, ce sont des petits génies de l’informatique aux cheveux longs qui portent des baskets et des baggys. Ils sont opposés à d’autres membres de l’E.O.D en costume, pères de familles, bien intégrés dans la société. La scène où le commandant demande d’apprendre le code de Machiko est révélatrice de cette opposition. Le code qu’a créé Machiko est très complexe et il faudrait un mois normalement pour l’apprendre. Le problème est qu’il reste neuf jours sur le compte à rebours. Aussi le commandant offre des doses à s’injecter qui stimulent les capacités cérébrales, ce qu’ils s’injectent n’est autre que de la méthamphétamine qui crée une forte addiction et risque fort de détruire la santé de ceux qui vont en prendre et de les transformer en toxicomane. Ceux qui ont des responsabilités et une vie de famille ont trop à perdre et refusent l’injection. Ne restent que les geeks, les ados bizarres bref la contre-culture. Ce sont eux qui sont prêts  à risquer leur vie pour sauver le pays.

Pact, l’éloge du rythme.

Mon prof d’écriture nous disait souvent que ce qui crée le rythme c’est l’alternance de phrases longues et de phrases courtes. Pour un manga cela se transcrit par des moments calmes, presque longs où les personnages ne font que parler et mettre en place une stratégie. Les chefs discutent et cherchent des solutions, n’en trouvent pas et tournent en rond. Puis vient la mission en elle-même, on se prépare, le rythme accélère légèrement et on sent que la tension monte. Finalement les affrontements commencent et les cases s’enchainent. On passe en quelques pages de planches calmes en plan moyen ou large qui respirent la sobriété à des planches ultra dynamiques dans des angles plus extrêmes -plongées et contre-plongées- où soudain tout n’est que mouvement .

4 tomes pour boucler l’histoire

Pact qui a fait ses premiers pas dans Young Magazine s’est achevé au japon en 2015 avec la publication du cinquième tome. En France le second tome est annoncé pour le 5 avril et le suivant pour le 31 mai.
À suivre donc.

Pact Tome 01

Scénario & Dessin: Shinnosuke Kuji
Editeur : Pika
Collection : Pika Seinen
Date de publication : 1 Février 2017
Pagination : 180 pages Noir & Blanc
Prix : 8,05 €



Images de l’article © Edition Pika Édition- Tous droits réservés